Biographie
Je suis chercheuse en neurosciences cognitives, et mes travaux se situent à l’interface entre comportement animal, neurosciences et sciences bio-inspirées. Mes recherches portent sur la manière dont des cerveaux miniatures, comme celui des abeilles, parviennent à produire des capacités cognitives remarquablement sophistiquées, en particulier dans le domaine de la vision. En combinant expériences comportementales, modélisation computationnelle et techniques d’imagerie avancées, j’explore comment ces systèmes biologiques extrêmement efficaces peuvent nourrir à la fois la recherche fondamentale et le développement de systèmes artificiels autonomes.
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Mon parcours académique a débuté en écologie comportementale avant que je ne m’oriente vers les neurosciences. Lors d’une première expérience de recherche au Chili, j’ai étudié la neurogenèse chez les reines d’abeilles, une étape déterminante qui a façonné mon intérêt pour la plasticité cérébrale et m’a permis d’acquérir une solide formation en biologie moléculaire et cellulaire. J’ai ensuite poursuivi des études en neurosciences, comportement et cognition, avec une spécialisation dans les mécanismes de traitement sensoriel. Mes premiers travaux ont porté sur la perception gustative et olfactive chez l’abeille domestique. J’ai contribué au développement de nouveaux paradigmes de conditionnement, révélant des aspects inattendus de la sensibilité sensorielle et de ses bases neurobiologiques. Ces recherches ont renforcé mon intérêt pour la compréhension des stratégies neuronales permettant à de petits systèmes nerveux d’encoder, traiter et exploiter l’information environnementale.
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J’ai réalisé ma thèse à Queen Mary University of London sous la direction de Lars Chittka. Mon travail doctoral s’est concentré sur la vision active et la reconnaissance de formes chez les abeilles. En analysant finement les trajectoires de vol, j’ai étudié comment le mouvement participe activement à la structuration de la perception visuelle et à la résolution de tâches complexes. Ces recherches m’ont amenée à développer un intérêt durable pour la cognition incarnée, selon laquelle l’intelligence émerge de l’interaction dynamique entre cerveau, corps et environnement. Après ma thèse, j’ai élargi mon expertise interdisciplinaire à travers des projets postdoctoraux en Suède et en Australie. À Stockholm University, j’ai étudié l’impact de contraintes environnementales, notamment la température de développement, sur la morphologie, l’organisation cérébrale et le comportement des bourdons, en intégrant morphométrie et micro-CT. À Macquarie University, j’ai approfondi mes travaux sur la vision active, la cognition comparative et la modélisation neuronale, tout en m’investissant dans l’encadrement d’étudiants et des collaborations internationales.
Je poursuis actuellement mes recherches à l’Institut des Sciences du Mouvement (ISM) à Aix-Marseille Université. J’y développe des projets à l’interface entre neurosciences, comportement et robotique bio-inspirée.
Mes travaux visent à comprendre les mécanismes sensorimoteurs et neuronaux impliqués dans la reconnaissance d’objets et la navigation chez les abeilles, et à traduire ces principes biologiques en modèles computationnels et systèmes robotiques efficients. Je m’intéresse particulièrement à la manière dont les stratégies issues du vivant peuvent inspirer une intelligence artificielle adaptative, robuste et peu énergivore.
Ma vision scientifique à long terme est de renforcer les ponts entre cognition naturelle et cognition artificielle. Je souhaite utiliser les modèles animaux non seulement pour répondre à des questions fondamentales sur la perception, l’apprentissage et la mémoire, mais aussi pour contribuer à la conception de technologies plus flexibles, résilientes et économes en ressources. En parallèle, je reste profondément attachée à l’encadrement, aux collaborations interdisciplinaires et à la diffusion des savoirs scientifiques.
